Le monde familial
Yûsuf est l’un des fils du prophète Ya‘qûb. Il appartient à une famille nombreuse, mais la fratrie n’est pas unie autour de lui.
Parmi les fils de Ya‘qûb, certains supportent mal la place que Yûsuf et l’un de ses frères occupent auprès de leur père. Lorsqu’ils en parlent entre eux, ils se décrivent comme un groupe nombreux et fort. Ils sont plusieurs, ils font bloc, et pourtant ils estiment que leur père aime davantage Yûsuf et son frère. Leur ressentiment est assez profond pour qu’ils en viennent à juger Ya‘qûb dans l’erreur à cause de cette affection.
Le rêve
C’est au sein de cette famille que Yûsuf fait un rêve.
Pendant son sommeil, il voit onze étoiles, le soleil et la lune se prosterner devant lui. Il rapporte ce rêve à son père.

La confidence à Ya‘qûb
Son père est prophète. En entendant le rêve, Ya‘qûb comprend qu’il annonce à Yûsuf quelque chose d’exceptionnel. Pourtant, il ne commence pas par expliquer les onze étoiles, le soleil ou la lune. Il commence par mettre son fils en garde.
Il lui demande de ne pas raconter son rêve à ses frères, car ils pourraient tramer quelque chose contre lui. Il lui rappelle aussi que le Diable est pour l’être humain un ennemi déclaré.
L’avertissement et la promesse
Ya‘qûb ne dit pas à Yûsuf que ses frères ont déjà préparé un mal précis. Il lui demande simplement de ne pas partager ce rêve avec eux. Puis il ne s’arrête pas à la mise en garde : il annonce à Yûsuf qu’Allah le choisira, lui enseignera l’interprétation des rêves et accomplira Son bienfait sur lui et sur les siens, comme Il l’a auparavant accompli sur Ibrâhîm et Isḥâq. Ya‘qûb est le fils d’Isḥâq et le petit-fils d’Ibrâhîm : en évoquant devant son fils ces deux prophètes qui l’ont précédé, il inscrit ce qui lui est annoncé dans la continuité de sa propre famille.
Yûsuf reçoit ainsi, dans la même confidence, un avertissement et une promesse. Son père lui demande de protéger le rêve du regard de ses frères, mais il lui annonce aussi qu’Allah le choisira, lui enseignera l’interprétation des rêves et accomplira Son bienfait sur lui.
Ya‘qûb ne lui décrit pas les étapes qui relieront cette vision à son accomplissement. Le rêve reste ouvert.

La jalousie devient projet
La crainte qu’il vient d’exprimer trouve bientôt un écho dans les paroles de ses fils.
Entre eux, les frères formulent clairement leur grief. Leur colère porte sur l’affection de leur père. Yûsuf et son frère sont, disent-ils, plus aimés qu’eux alors qu’eux-mêmes forment un groupe nombreux et fort.
Ce grief finit par devenir un problème qu’ils veulent résoudre. Leur raisonnement est simple : si Yûsuf n’est plus là, l’attention de leur père pourra se tourner vers eux.
L’idée va très loin. Ils évoquent la possibilité de tuer Yûsuf ou de l’éloigner dans une terre où il ne sera plus auprès de Ya‘qûb. Ils envisagent même qu’une fois Yûsuf écarté, ils pourront redevenir des gens de bien.
L’un des frères s’oppose au meurtre, mais pas à la disparition de Yûsuf. Il propose de le placer dans les profondeurs d’un puits. Une caravane de passage pourra alors le recueillir et l’emporter.

Obtenir l’accord de Ya‘qûb
Mais Yûsuf est encore auprès de son père. Pour le conduire jusqu’au puits, ils doivent d’abord obtenir de Ya‘qûb la permission d’emmener Yûsuf avec eux.
Lorsqu’ils viennent trouver leur père, ils ne lui révèlent rien de ce qu’ils viennent de décider. Leur première question porte au contraire sur la confiance : pourquoi ne leur fait-il pas confiance au sujet de Yûsuf alors qu’ils affirment vouloir son bien ?
Puis ils lui font une proposition précise : qu’il laisse Yûsuf partir avec eux le lendemain. Il pourra se promener, profiter de la sortie et jouer. Eux, promettent-ils, veilleront sur lui.
Cette demande touche précisément à la prudence que Ya‘qûb a déjà recommandée à Yûsuf au sujet de ses frères. Eux, pourtant, lui promettent maintenant de veiller sur lui.
Sa réponse ne ressemble pas à celle d’un père rassuré par leur nombre. Il leur dit que le départ de Yûsuf l’attriste. Il ajoute une crainte très concrète : pendant qu’ils seraient inattentifs, un loup pourrait le dévorer.
Les frères répondent précisément par leur force collective. Comment un loup pourrait-il atteindre Yûsuf alors qu’ils sont un groupe nombreux ? Si cela arrivait malgré leur présence, disent-ils, ils seraient eux-mêmes perdants.
Ils avaient reproché à leur père de ne pas leur faire confiance. Ils accompagnent maintenant cette demande d’une promesse de protection et de l’assurance que leur nombre suffit à écarter le danger.
Ya‘qûb finit par laisser Yûsuf partir avec eux. Les frères l’emmènent comme ils l’avaient demandé.
Le puits
À leur père, ils avaient promis de laisser Yûsuf profiter de la sortie et de veiller sur lui. Une fois partis avec Yûsuf, ils mettent à exécution le projet préparé entre eux. Ils le conduisent jusqu’au puits dont ils avaient parlé, puis le placent dans ses profondeurs.
Les frères ont alors obtenu ce qu’ils cherchaient : Yûsuf est séparé de son père et laissé dans le puits.

Une révélation au cœur du puits
C’est là, alors qu’il se trouve encore dans ses profondeurs, qu’Allah lui révèle qu’un jour il rappellera à ses frères ce qu’ils viennent de faire.
Le puits n’est donc pas la fin de son histoire. Avant même d’en sortir, Yûsuf reçoit cette annonce au cœur de l’épreuve dans laquelle ses frères viennent de l’abandonner.
Le retour mensonger
Ses frères, eux, doivent maintenant revenir auprès de leur père sans lui.
Le soir, ils se présentent devant Ya‘qûb en pleurant.
Ils racontent qu’ils sont partis faire la course et qu’ils ont laissé Yûsuf auprès de leurs affaires. Pendant ce temps, affirment-ils, un loup l’a dévoré.
Le malheur qu’ils annoncent est exactement celui que leur père avait redouté avant leur départ. Ya‘qûb avait craint qu’un loup n’attaque Yûsuf pendant qu’ils seraient inattentifs ; c’est cette même histoire qu’ils rapportent maintenant pour expliquer son absence.
Ils ne viennent pas seulement avec des paroles. Ils apportent aussi la tunique de Yûsuf tachée d’un faux sang.
Et jusque dans leur manière de s’adresser à leur père, la question de la confiance réapparaît. Eux-mêmes reconnaissent qu’il risque de ne pas les croire, même s’ils prétendent dire vrai.
Une belle patience
Ya‘qûb ne croit pas leur version.
Il ne reprend pas le récit du loup comme une explication recevable. Il leur répond que leurs propres âmes leur ont fait accepter une mauvaise action contre Yûsuf et les ont conduits à la commettre. Face à ce qu’ils viennent lui annoncer, il choisit une belle patience et demande l’aide d’Allah.

La promesse demeure
La famille est désormais séparée par ce que les frères ont fait.
Les frères sont revenus auprès de Ya‘qûb sans Yûsuf, en pleurant, avec leur récit et une tunique tachée d’un faux sang. Yûsuf, lui, est toujours vivant au fond du puits.
Les frères ont réussi à l’éloigner de leur père. Ils n’ont pourtant rien changé à ce qui lui avait été annoncé.
Avant le puits, Ya‘qûb lui a annoncé qu’Allah le choisirait, lui enseignerait l’interprétation des rêves et accomplirait Son bienfait sur lui. Dans le puits, Allah lui a annoncé qu’un jour il rappellerait à ses frères ce qu’ils avaient fait.
Et le premier rêve reste sans accomplissement visible : onze étoiles, le soleil et la lune se prosternant devant lui.
Pour l’instant, Yûsuf est séparé de son père et abandonné dans un puits. Rien de cette situation ne ressemble encore à ce qu’il a vu dans son sommeil. La promesse, pourtant, demeure.

